JUSTICE ET PAIX

Les massacres de Katogota-Makobola au Sud-Kivu: la justice doit être faite. Mai 2019

La population de Katogota dans la plaine de Ruzizi a commémoré le mardi 14 mai 2019, le 19ᵉ anniversaire de massacre de plus 350 personnes attribué aux éléments de la rébellion du Rassemblement Congolais pour la Démocratie RCD.  Ledit massacre  est parti de l’assassinat d’un officier militaire de ce mouvement à presque deux kilomètres du village de Katogota alors que ce dernier revenait du village voisin de Lubarika, un village de la plaine de Ruzizi situé à plus de 70 km au nord d’Uvira sur la route qui mène à Bukavu.

Les cérémonies ont été précédées par une marche pacifique suivie d’une prière à la rivière Ruzizi où avaient été jetés certains corps des victimes avant d’inaugurer le monument en mémoire des victimes puis une messe de requiem dite à l’église catholique de la place. Dans son homélie, le Curé de la Paroisse Sainte Famille de Luvungi le Père Musafiri Joseph a appelé les habitants de Katogota au pardon et à l’amour pour une paix durable. Vint le tour du chef de village de Katogota Eric Muvomo de plaider pour l’indemnisation des victimes et la reconnaissance de ce massacre parmi ceux-là qui ont endeuillé des milliers de familles en République Démocratique du Congo.

Signalons qu’une séance de méditation s’en est suivie dans la salle polyvalente au sujet de la paix durable et de la justice afin de sanctionner les coupables et indemniser les familles victimes. Ce qui va impliquer la poursuite des collectes des éléments denquête sur les tueries de Katogota, lassassinat de deux religieux de diocèse dUvira et aussi linvasion fiscale ; les  manquements graves dans la gestion de programme de réhabilitation des voiries de territoire d’Uvira à partir de 2000. Ce qui permettrait de solliciter l’intervention de la justice pour ouvrir une enquête et une contre-expertise afin d’identifier les auteurs de ces tueries et savoir aussi comment le programme de voirie semi-urbaine a été exécuté, et sanctionner conformément à la loi.

Il sied de rappeler qu’une enquête à ces propos a été déjà  menée par Mr Petit Gabriel Wabatunda El Katondji, alors journaliste pour le défunt journal ‘MUNANIRA’ édité par l’Abbé Léonard  Kamalebo et aussi membre du bureau de la société civile. Pour ses investigations, Mr Petit Gabriel est devenu victime des menaces de persécution et de mort de la part d’un réseau de dignitaires politiques et militaires influents au pouvoir, lesquels gardent encore leurs capacités de nuisance étant toujours dans la sphère dirigeante au sommet de l’état dans la capitale et en provinces.

De son côté, le délégué de la nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC), noyau de la Plaine de la Ruzizi, Mr Paul Mushizi, a fait remarquer que ce travail d’enquête et de vérité nécessite non seulement des moyens financiers considérables mais aussi comporte de risques humains quand on se rappelle comment Mr Petit Gabriel avait frôlé la mort en 2002, même quand il était en fuite au Burundi, en août 2013. Et d’enchainer qu’en sa connaissance, il serait toujours activement recherché par des membres des forces de sécurité et selon leur expérience au sein du bureau de la société civile, ils pourraient l’arrêter, le torturer voire le tuer, s’il est attrapé, comme ils en ont l’habitude. Heureusement qu’il avait fui pour chercher la protection internationale. Cependant, récemment, a-t-il enchainé l’Association APEVO /Agir Ensemble a relevé et condamné le viol de son épouse Ndikuriyo Brigitte, 40 ans, une ancienne enseignante à l’école Le Bon Samaritain révoqué en 2015 et la tentative de  kidnapping d’un de ses enfants le 28 mai 2018 par une bande de deux hommes inconnus en uniforme militaire à bord d’une jeep. L’incident s’est déroulé aux environs de Rugombo, Cibitoke aux frontières avec la RDC vers 18 heures alors que la maman et ses enfants venaient d’être rapatriés de Tanzanie le 24 avril 2018. Cette dame aurait déclarée faire face à un climat général d’hostilité et de suspicions depuis son arrivée dans son pays d’origine, notamment de la part des personnes armées non autrement identifiées ainsi que des responsables administratifs locaux qui les ont menacés et intimidés.  Il paraît qu’elle vit présentement en clandestinité avec ses enfants fatigués de répondre aux convocations au sujet de la fuite de son mari toujours recherché au Congo et aussi en rapport avec son appartenance à la secte religieuse de la voyante Zebiye, interdite par le gouvernement Burundais.

En effet, Zebiye, la « voyante » de Businde et ses fidèles seraient victimes de persécution ; une trentaine a été tuée au centre de Kigarama (Burundi) en date du 12 mars 2013,  réfugiés en RDC (Kamanyola) près d’une quarantaine parmi eux a été massacré par des hommes en uniformes le 15 septembre 2017. Zebiye et ses fidèles ont toujours brandi le bouclier de la liberté de culte, laquelle est un droit reconnu par la Constitution et le Pacte International relatif aux Droits civils et Politiques des Nations Unies voté en 1996. L’Article 18 de ce Pacte inclus quatre paragraphes relatifs à cette question :

  • Toute personne n’a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu’en privé, par le culte et l’accomplissement des rites, les pratiques et l’enseignement.
  • Nul ne subira de contrainte pouvant porter atteinte à sa liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix.
  • La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet que des seules restrictions prévues par la loi et qui sont nécessaires à la protection de la sécurité, de l’ordre et de la santé publique, ou de la morale ou des libertés et droits fondamentaux d’autrui.
  • Les Etats partis au présent Pacte s’engagent à respecter la liberté des parents et, le cas échéant, des tuteurs légaux de faire assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs propres convictions.

En marge de ces cérémonies, Maitre Balolebwami Ngwasi, représentant et Coordinateur de l’organisation dénommée « Initiatives pour le Développement  et les Droits de l’Hommes dans la Région des Grands Lacs » IDDH/GL, a rappelé également les faits sur le massacre de Katogota et s’était beaucoup attardé sur le massacre Makobola.  Cette dernière tuerie est selon le rapport Mapping de l’ONU, l’œuvre des combattants du Rassemblement Congolais pour la Démocratie RCD et de ses alliés ; les soldats rwandais (APR) et burundais (FAB). Elle est survenue le 30 décembre 1998 au niveau des barrières des militaires pour intercepter des personnes à raison de leurs nationalité/ethnie sous prétexte de préparer leurs retours dans leurs pays d’origine. Selon le coordinateur d’IDDH, les personnes qui avaient été identifiée sur base de leur accent linguistique, de leur caractéristique morphologique avaient été systématiquement séparées  des autres personnes et tuées dans les environs. Le représentant de l’IDDH/GL est revenu sur un témoignage d’un survivant qui avait dit « tout a commencé le jour de Noël le 25 décembre 1998, les Maï-Maï empêchent les rebelles du RCD d’accéder à une nouvelle position vers le village de Makobola II. Les affrontements sont violents. Cinq jours plus tard, les rebelles reviennent, se vengent et tuent des civils du village, en majorité des femmes et des enfants enfermés et brûlés vifs dans leurs maisons ». Et Maitre Ngwasi de conclure, « les survivants de massacre de Makobola que nous recevons dans nos bureaux, manifestent leur indignation liée à l’impunité des auteurs de ce massacre ».

L’IDDH/GL comme tous les organisateurs des cérémonies ainsi que les participants regrettent l’absence des autorités politiques et militaires bien qu’invitées aux cérémonies. Ils regrettent en outre que les auteurs de ces massacres continuent de circuler librement et d’autres ont été  promu à des hautes fonctions en RDC et même dans les pays voisins, et profitent de cette journée pour demander une commission d’enquête indépendante internationale afin d’enquêter et poursuivre les auteurs enfin de rétablir les victimes dans leurs droits.

Me Balolebwami Ngwasi, Juriste et chercheur spécialisé en droit international des droits de l’homme dans la Région des Grands Lacs d’Afrique  à IDDG/GL Email : sergebalola@gmail.com

Ir Murhabazi Aganze Grace,Défendeur des droits de l’homme Email : murhabazigrace@gmail.com